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Maurienne

La Maurienne

Le colonel Le Ray, commandant la 7e DBCA

Le lieutenant-colonel le Ray convoque les trois chefs de bataillon formant la 5e DBCA et leur explique le dispositif d’attaque. Le 11e BCA s’emparera du Mont-Froid, de la pointe de Bellecombe et du col du Petit-Mont-Cenis. Le 15e BCA attaquera la pointe de Cugne, le fort de la Turra et l’Ouillon des Arcellins. Le 6e BCA restera en réserve en cas de coup dur. La 1e compagnie du 6e BCA est chargée, sur l’aile droite, de déborder le dispositif ennemi par Malamot puis Bard en Italie. La compagnie Stéphane du 15e BCA reçoit une mission similaire sur l’aile gauche de l’attaque en progressant sur Rochemelon puis Novalaise.

 

L’appui d’artillerie est fournie par :

  • Trois batteries de 75 mm du 69e RAA
  • Deux batteries de 155 mm médium de la 1e DFL
  • Deux batteries de 105 mm de la 1e DFL
  • Deux batteries de 105 mm allemands du IIe bataillon du 93e RAM
  • Cinq pièces de 75 mm du IIIe bataillon du 93e RAM

 

Pour ne pas disperser ces moyens d’artillerie, l’attaque se fera en deux temps. Au jour J, les objectifs seront le Mont-Froid, Bellecombe, le Petit-Mont-Cenis et les débordements. Au jour J + 1 ce seront le fort de la Turra, l’Ouillon des Arcellins et la pointe de Cugne.

 

La pointe de Bellecombe

La pointe de Bellecombe à 2 750 m, est un sommet qui domine le col du Petit-Mont-Cenis et le val d’Ambin et qui permet d’avoir des vues sur l’arrière du Mont-Froid. Sa prise est capitale pour assurer un bon déroulement de l’offensive.

Le 2 avril 1945, une reconnaissance est menée par l’adjudant-chef Vasserot, commandant la SES III du 11e BCA, le lieutenant Frendo, célèbre guide chamoniard, et deux éclaireurs. Après une longue et difficile ascension, le groupe parvient sur le sommet vide d’ennemis. Aux jumelles, ils observent les différentes organisations allemandes du Mont-Froid. Soudain, deux silhouettes apparaissent, montant vers eux. Les quatre hommes lâchent quelques rafales de pistolet-mitrailleur puis se replient par l’itinéraire de montée.

Patrouille d'une SES en Haute-Maurienne

Le 4 avril au soir, trente-quatre éclaireurs de la SES III quittent leur cantonnement dans les combles de l’église de Bramans. Menés par Vasserot et Frendo, ils dépassent la Vilette, les chalets des Champs et arrivent au pied des escaliers de Bellecombe. La montée en pleine nuit est longue et pénible. Il fait -10°, la neige est dure, voire verglacée. L’éclaireur Julien dévisse, mais conformément aux consignes de l’Adjudant-Chef, il ne pousse aucun cri. Une barre rocheuse est équipée avec une main courante. Un par un, les hommes et les sacs la franchissent. Arrivés près du sommet vers 5 h, Vasserot explique son plan d’attaque. Le groupe du sergent Mathey, sous le commandement de l’adjoint de section l’adjudant Fringuello, doit déborder le dispositif ennemi par la gauche, les groupes Curay et Ortéga suivent l’adjudant-chef Vasserot. Après s’être débarrassés de leur sac, les éclaireurs progressent en silence vers la pointe. A moins de 100 m, une lueur rouge apparaît. C’est un guetteur qui fume une cigarette. Les deux FM sont mis en batterie, mais le mécanisme de tir est bloqué par le gel. Rapidement, ils sont démontés. Un éclaireur urine dessus pour les dégeler et du beurre sert à les graisser avant le remontage. Les deux armes automatiques tirent presque en même temps, abattant l’homme de garde. Deux mitrailleuses MG 42 répliquent rapidement. La cadence de feu est hallucinante. Heureusement, les balles passent trop haut. Plusieurs explosions retentissent. Ce sont des grenades lancées par le groupe Mathey qui font taire les mitrailleuses ennemies. Le reste de la SES se lance à l’assaut des positions où il découvre six cadavres.

Alertés par les bruits, plusieurs Allemands sortent d’un abri situé en contre-bas. Voulant économiser les munitions, les éclaireurs retournent les deux MG 42 contre les assaillants. Rapidement, une dizaine d’hommes est hors de combat. Les Français descendent sur l’abri. Une grenade jetée par la cheminée annihile toute résistance. Une demi-douzaine d’Allemands sort les mains en l’air. Par radio ER 40, l’opérateur Fournier annonce à la 7e demi-brigade la réussite de l’opération. Le groupe Curey est envoyé en avant sur les rochers de Carlina.

Tir de 81 mm sur la pointe de Bellecombe en avril 1945

L’artillerie allemande commence à pilonner les positions. Les éclaireurs de la SES III se terrent dans les tranchées de neige ou derrière des rochers. Vers 11 h, une contre-attaque partant des granges Mestrallet se développe. Les deux mitrailleuses harcèlent l’ennemi qui se déplace avec difficulté. A 15 h, l’opération s’arrête. Elle est reprise deux heures plus tard avec plus de vigueur. Les hommes sont habillés en blanc, portant un béret. Aucun doute, il s’agit de parachutistes italiens du bataillon Folgore. Avec méthode et courage ils progressent inexorablement. Les munitions allemandes s’épuisent. C’est maintenant avec leurs armes individuelles et les FM que les éclaireurs tentent de les arrêter. Le groupe Curey, menacé d’encerclement, reçoit l’ordre de se replier des rochers Carlina. Voyant ce mouvement, le lieutenant Frendo décide, de son propre chef, de décrocher du sommet de la pointe, avec les éléments qui l’entourent, laissant seul l’adjudant-chef Vasserot accompagné du tireur FM Vanin et de l’éclaireur Mandez. Ces hommes ne peuvent se replier, étant trop avancés et doivent attendre la nuit. Se déplaçant en permanence pour tromper l’ennemi sur leur nombre, les trois hommes réussissent à se maintenir. Enfin Vasserot ordonne le repli. Après être passé au sommet de la pointe de Bellecombe où traînent des sacs et des piolets, les trois hommes dévalent la pente jusqu’à la main courante où se trouve le reste de la section. L’Adjudant-Chef a une vive altercation avec Frendo au sujet du repli prématuré. Il est certain, que manquant de munitions, la SES III ne pouvait espérer tenir la pointe durablement.

Les éclaireurs regagnent la vallée dans la nuit du 5 au 6 avril et partent prendre un peu de repos dans un chalet, à l’Envers de Sollières.

 

Le col du Petit-Mont-Cenis

La prise du col du Petit-Mont-Cenis, à 2 182 m, est une des clefs de l’offensive française en ouvrant une porte directe sur le plateau et permettant de contourner les défenses du Mont-Froid, de la Turra et du col du Mont-Cenis.

L’opération est confiée au capitaine Mialonier qui organise son attaque de la façon suivante : la 1e compagnie du 11e BCA du capitaine Franconie doit attaquer la croix des Coulours, à droite du col, et la 3e compagnie du 11e BCA du capitaine Burel s’emparera de la croix du Colleret, à la gauche, avec l’appui de la SES I du 11e BCA commandée par le lieutenant Escarfail. Les 1e et 3e compagnies du 6e BCA devront exploiter la percée vers les cols de la Vecchia et les lacs Giasset.

Le 4 avril à 21 h, la compagnie Franconie part la première de Bramans suivie par la 1e compagnie du 6e BCA et la SES Escarfail. La neige épaisse et lourde rend la progression très difficile. Les hommes des différentes unités s’entremêlent. Il est 5 h quand les premiers éléments arrivent au Plan de la Vie. Il s’agit d’une demi-douzaine d’éclaireurs qui font la trace. Le retard accumulé est lourd. Les chasseurs arrivent petit à petit et s’abritent au pied des falaises du Petit-Mont-Cenis. Le lieutenant Escarfail et le capitaine Franconie font le point quand les premiers obus ennemis s’abattent sur les passages obligés et le Plan de la Vie, brisant en deux les skis de la SES plantés dans la neige. Le Capitaine envoie un message par porteur au chef de corps du 11e BCA pour lui proposer de reprendre l’attaque le lendemain matin. A midi, un agent de liaison apporte un ordre. La 1e compagnie du 11e BCA et la SES Escarfail doivent se porter sur la croix du Colleret où la 3e compagnie du 11e BCA est en mauvaise posture. La 1e compagnie du 6e BCA du capitaine Bordenave reste sous la barre rocheuse des Coulours.

Depuis 3 h, la 3e compagnie du 11e BCA a quitté l’avant-poste des Glières. La Fesse-d’en-Haut est atteinte avec du retard. Les sections de l’aspirant Guillot et de l’adjudant Puthod prennent le difficile couloir de la Fesse, raide et gelé, tandis que la section de l’aspirant Ritoudal emprunte l’itinéraire normal du col. Sans crampons, les chasseurs gravissent péniblement cette pente à soixante pour cent. Au sommet, des barbelés barrent le passage. A coups de pinces coupantes, l’obstacle est franchi mais bientôt un second réseau apparaît sur le plateau. Il est piégé. La violente explosion d’une mine blesse trois chasseurs et alerte les parachutistes italiens en position à la croix du Colleret. A 6 h, la préparation d’artillerie française commence. Les obus soulèvent des gerbes de neige, des pierres et des morceaux de rochers volent. Les hommes de la section Ritoudal se précipitent par la gauche sur les positions adverses dès la cessation des tirs. Les deux autres sections attaquent par la droite. A 8 h 30 les emplacements italiens sont conquis.

Une demi-heure plus tard, une contre-attaque ennemie s’amorce, sous le couvert de tirs de mortiers. Les Transalpins manœuvrent bien. Leur feu précis blesse quatre hommes et tue le sergent-chef Reynoir. Depuis la cote 2 620, près des rochers de Carlina, les Italiens dominent totalement les positions françaises. La situation est de plus en plus critique.

Le capitaine Grand, commandant le 11e BCA, décide de renforcer la 3e compagnie par la 1e compagnie bloquée au Plan-de-la-Vie et la SES I. A 15 h, cette compagnie arrive au PC du capitaine Mialonier à la Fesse-d’en-Haut. Une heure plus tard, un message de l’aspirant Guillot demande une relève urgente car les hommes sont épuisés et à bout de munitions. Aussitôt, le capitaine Franconie se met en route avec les sections Goirand et Fleuret et un groupe de la section de mitrailleuses du sergent-chef Laffay. Les deux autres groupes de mitrailleuses et la SES Escarfail restent en réserve. A 19 h, les chasseurs débouchent au sommet du couloir de la Fesse. Quatre hommes sautent sur une mine et sont blessés. Enfin, la croix du Colleret est atteinte. La 3e compagnie, qui a perdu cinq hommes et compte quinze blessés, décroche.

Les chasseurs de la compagnie Franconie s’installent dans les positions. L’obscurité tombe, le calme revient. Durant la nuit, plusieurs parachutistes viennent harceler les Français à la grenade, deux Italiens payent de leur vie ces actions. La SES I est envoyée en renfort en prévision d’une contre-attaque italienne à l’aube. Ses premiers éléments arrivent à 6 h, au moment où plusieurs mitrailleuses MG 42 ouvrent le feu. Franconie comprend qu’il est impossible de se maintenir sur les positions. La SES évacue les blessés pendant que les FM tiennent à distance les assaillants. Les servants décrochent en dernier dans le couloir, poursuivis par les hommes de la Folgore. Depuis les hauteurs ces derniers ouvrent le feu sur les chasseurs se repliant. Le caporal-chef Chêne est tué et un homme est blessé.

Pendant que se déroulent les combats de la croix du Colleret, la 3e compagnie du 6e BCA, commandée par le lieutenant Gonnet, qui a été poussée durant la nuit, rejoint la 1e compagnie encore sous les Coulours en début d’après-midi. Après une courte halte, elle tente de reprendre l’attaque sur la croix des Coulours mais les différentes sections ne parviennent pas à déboucher de la cascade des Côtes. L’ennemi tient solidement les hauts. Un ordre de repli arrive du PC, car la situation au Colleret s’aggrave. Il ne fait aucun doute que l’offensive de l’aile droite du front d’attaque français a échoué.

Le lieutenant Gonnet ordonne le repli à 23 h. Au passage du Plan-de-la-Vie trois obus de mortiers percutent le sol. Le chasseur Sochay est atteint grièvement à la poitrine. L’adjudant Yello se portant à son secours saute sur une mine. Trois autres hommes sont blessés. Les corps sont chargés sur des traîneaux d’évacuation du type Pourchier et descendus au poste de secours à Notre-Dame-de-la-Délivrance. Le chasseur Sochay décède de ses blessures.

Le 6 avril à midi, les chasseurs engagés dans les différentes opérations du val-d’Ambin arrivent aux Glières complètement à bout. En fin d’après-midi les 1e et 3e compagnies du 6e BCA se repliant du Plan-de-la-Vie regagnent Bramans. La garde du val-d’Ambin est confiée à une compagnie du 159e RIA nouvellement arrivée.

 

Le Mont-Froid

Le Mont-Froid

Le principal objectif de l’attaque française est le Mont-Froid culminant à 2 819 m. Sa conquête permettrait de dominer le plateau du Mont-Cenis et de poursuivre l’offensive vers l’Italie. Ce sommet forme une crête de 600 m de long avec, à chaque extrémité, un fortin en pierres sèches datant de la fin du 19e siècle. La neige les recouvre et les Allemands ont aménagé des tranchées et des positions dans ceux-ci. Le froid et le gel la rendent parfois aussi dure que la pierre. Un troisième fortin, appelé bloc centre, servant de PC et de réserve à vivres et munitions, a été installé dans une ancienne position en pierres au centre du dispositif. Les baraquements de Sollières recouverts de neige servent de base arrière. La totalité de la garnison est de trente hommes appartenant à la 12e compagnie de la 5e gebirgsdivision.

Le versant nord dominant la vallée de l’Arc est très raide. La face sud est plus accessible mais très enneigée. La pente reliant le bloc est au col de Sollières, est abrupte; par contre, sur la face ouest, une longue crête, portant le nom du général Sarret, facilement praticable, court d’ouest en est.

C’est par celle-ci que l’attaque française est projetée. La marche d’approche est longue avec un dénivelé de 1 600 m mais elle assure un effet de surprise totale. Les chasseurs devront monter de nuit et surprendre au lever du jour les défenseurs des différents blocs. Pour garder l’effet de surprise, aucune préparation d’artillerie n’est prévue.

L’attaque est confiée à la 4e compagnie du 11e BCA commandée par le capitaine Branche, aux SES IV de l’aspirant Lacabe et SES II du sous-lieutenant Faure et à quelques officiers sans commandement précis.

Le 4 avril à 18 h, le général Molle vient inspecter au Verney les troupes chargées de l’attaque. Après la cérémonie, la progression commence. En tête la SES Lacabe ouvre la route à ski. A 22 h, les chalets du Jeu sont atteints. Ils serviront de base arrière. La montée reprend dans le froid et la neige profonde. La crête du général Sarret est rejointe vers minuit. Les hommes se relayent pour faire la trace avec parfois de la neige jusqu’au ventre. Les officiers pressent les chasseurs, les poussent et les tirent. A 2 h 30, la cote 2 466 est atteinte. La marche d’approche est terminée, le dispositif d’attaque se déploie après une demi-heure de pose.

La SES Lacabe monte par la crête sur le bloc ouest, la SES Faure prend la pente nord avec le même objectif et la section Vannier se dirige par le versant sud en direction du bloc centre. La section Reymond sert de base d’appui feu et de réserve. A 4 h, les hommes arrivent sous le bloc ouest. La nuit est glaciale, silencieuse et très calme. Quinze minutes plus tard l’action commence. La SES Lacabe couvre le bloc ouest puis poursuit sur le bloc centre, laissant la prise du fortin à la SES Faure.

Les éclaireurs de la SES II arrivent par la pente nord. Plusieurs grenades sont lancées devant l’entrée du bloc, l’ennemi ne répond pas. Le sous-lieutenant Faure s’avance pistolet-mitrailleur au poing quand une arme automatique lui tire dessus. Les Allemands alertés commencent à répliquer. En même temps l’artillerie française ouvre le feu, en plein milieu des assaillants.

Des éléments de la SES Lacabe reprennent la progression sur le bloc est. A 6 h, les premiers éclaireurs arrivent près des murs enneigés quand soudainement trois Allemands apparaissent, engageant le combat. Des grenades volent, des rafales résonnent dans la nuit. Les trois gebirgsjagers, dont le chef de poste, sont tués. La SES IV perd le caporal Pic et les éclaireurs Favier et Sonnier et doit se replier à distance.

Au bloc centre, le groupe du sergent Villaret de la SES IV tente de déloger les défenseurs. La section Vannier arrive enfin à la rescousse.

Depuis la pointe de Cléry, les mitrailleuses allemandes MG 42 arrosent le Mont-Froid, blessant un éclaireur et blessant mortellement Marin-Cudraz.

A 9 h, les trois blocs résistent toujours. Un Allemand est capturé au bloc centre, suivi par la reddition de sept autres. Les défenseurs restants comprennent qu’ils sont coincés et tentent une sortie le tout pour le tout. Ils plongent dans la pente sud où ils sont cueillis par plusieurs armes automatiques. Les corps glissent vers la combe des Archettes. Les Français pénètrent dans la position, découvrant une grande quantité de nourriture qui fera la joie des chasseurs les jours suivants.

L’artillerie allemande commence à pilonner le Mont-Froid. L’éclaireur Garnier de la SES II et le médecin Strobel sont tués par des éclats. Les hommes se couchent dans la neige. Il fait froid, l’eau gèle dans les bidons, les armes s’enrayent.

Toute la journée, les échanges de tirs se poursuivent avec le bloc est. Un prisonnier est envoyé négocier la reddition du bloc ouest. A 14 h, les défenseurs sortent les bras en l’air, les Français occupent l’ouvrage.

Trois tentatives nocturnes contre le bloc est échouent. Jusqu’à 6 h, le 6 avril, les assaillants s’obstinent sans résultat.

Durant la nuit du 5 au 6 avril, les canons et les mortiers allemands pilonnent le Mont-Froid, illuminant le sommet comme en plein jour. Les chasseurs souffrent du froid, de la soif et de la faim. Le ravitaillement ne suit pas, heureusement les réserves en vivres du bloc centre sont abondantes.

Au cours de la nuit, la 4e compagnie du 6e BCA, commandée par le lieutenant Ruche, se met en route pour renforcer le dispositif. Deux sections arrivent très éprouvées au sommet, une troisième et la section de mitrailleuses en attente au Jeu montent dans la matinée.

Le capitaine Branche décide de lancer une nouvelle reconnaissance vers le bloc est. Le lieutenant Lacabe accompagné d’un groupe de sa SES et de six hommes de la SES II s’approche du bloc à 13 h 30. Tout reste calme, la position a été abandonnée. Une mitrailleuse et quelques fusils sont restés sur place ainsi que trois cadavres gelés.

La SES du lieutenant Faure reçoit l’ordre d’évacuer le Mont-Froid. Le reste de la journée se déroule calmement. A 19 h, la 2e compagnie du 11e BCA du capitaine Martinerie reçoit l’ordre de monter renforcer la défense. La SES Lacabe occupe le bloc est.

A 22 h, un violent tir de mortiers et des rafales de mitrailleuses, venant de la pointe de Cléry, balayent le bloc est. L’éclaireur Paquet est blessé mortellement. Les Allemands progressent sous les murs dominant le poste de Sollières. Les rafales de FM et les grenades françaises tentent de les arrêter. Virard est tué à son poste de chargeur de FM. Les gebirgsjagers commencent à s’infiltrer entre le bloc centre et le bloc est. Une contre-attaque du sergent Charles Villaret dégage le terrain. Les Allemands tentent d’encercler la position. Les munitions s’épuisent, les grenades font défaut. A 1 h, le lieutenant Lacabe décide de se replier. Les éclaireurs doivent se frayer un chemin presque au corps à corps. Les adversaires se fusillent à bout portant dans le noir. Le lieutenant Lacabe, le sergent Reignier et trois éclaireurs quittent le bloc en dernier. Les Allemands pénètrent dans le fortin. L’adjudant Ducret, blessé, est étendu sur le sol faisant le mort.

Le capitaine Branche organise la défense. Les Allemands sont partout. La section de l’adjudant-chef Grand, appartenant à la 4e compagnie, est lancée en contre-attaque pour soulager le bloc est. L’adjudant-chef Grand, l’adjudant Gay, le caporal-chef Fournier et le chasseur Psilodimitrix sont tués et cinq hommes sont blessés.

Le capitaine Martinerie arrive au sommet au plus dur de la bataille. Il part en contre-attaque, sans se soucier de qui le suit. Il dépasse avec quelques hommes le bloc centre quand le projectile à charge creuse d’un panzerfaust explose près de lui. L’officier s’écroule inconscient. Quand il se réveille, il est entouré d’Allemands et doit se rendre. Le sergent-chef Vague gît mort à proximité.

Les hommes des 2e et 4e compagnies du 11e BCA sont mêlés. Ils défendent âprement le bloc centre. Les chasseurs Pommier, Reymond et Lagiers sont tués. La section Vannier est bientôt complètement encerclée. Les Allemands lui demandent de se rendre. Vannier leur crie « Merde », puis il entonne le chant du départ repris par ses hommes : « La victoire en chantant, nous ouvre la barrière, la liberté guide nos pas, …, la République nous appelle, un Français doit vivre pour elle, pour elle un Français doit mourir». Les Allemands sont sur les superstructures. Le sergent Thiebauld est tué d’une balle en pleine tête. L’aspirant Vannier décide de tenter une sortie. Les chasseurs Chapoutier et Mouchet sont blessés. Louis André est tué par un éclat de mortier.

La résistance s’organise autour du bloc ouest. Profitant d’un moment de flottement chez l’adversaire, le lieutenant Charvet et quelques chasseurs effectuent un mouvement tournant qui précipite le décrochage des Allemands à la faveur d’un épais brouillard. Ils emportent les blessés mais abandonnent quatre mitrailleuses et deux mortiers.

La SES Lacabe réoccupe le bloc est où les éclaireurs retrouvent Decret, qui a fait le mort toute la nuit.

A 8 h, le 7 avril, la 4e compagnie du 11e BCA reçoit l’ordre de redescendre dans la vallée. La défense du Mont-Froid repose sur la 2e compagnie du 11e BCA du capitaine Martinerie et la 4e compagnie du lieutenant Ruche, du 6e BCA.

 

La pointe de Cugne et la pointe de Cléry

L’attaque sur le col du Mont-Cenis a été fixée le 6 avril à J + 1, pour ne pas disperser les moyens d’artillerie. Elle est confiée au 15e BCA du commandant Lecoanet. La 3e compagnie du capitaine Sotty attaquera à partir du Replat-des-Canons les pointes de Cugne et Cléry, puis poussera sur le Pas-de-la-Beccia et le fort de la Turra. La 2e compagnie du capitaine Mistral attaquera depuis la même base le fort de la Turra par la combe de Cléry. La 4e compagnie du capitaine Jacquard interviendra en seconde phase en s’emparant de l’Ouillon des Arcellins de l’autre côté du col du Mont-Cenis.

Le premier objectif de la compagnie Sotty est le col des Randouillards à 2 747 m. De ce point, il est possible de prendre sous le feu le fort de la Turra et la combe de Cléry. Cette unité se compose des SES des sous-lieutenants Commier et Demaret et de la section lourde du sous-lieutenant Fèvre. Elle est renforcée par une section d’engins de la compagnie de commandement du bataillon sous les ordres du sous-lieutenant Billon.

Le 5 avril à 1 h, les éléments de tête arrivent aux chalets de Mémolard, au-dessus du Replat-des-Canons. La progression a été difficile dans la nuit, le froid et la neige. L’avance reprend péniblement. Le col des Randouillards est occupé à 4 h. La SES Commier commence à progresser. Les éclaireurs atteignent la pointe de Cugne à 2 984 m vers 8 h. Le sous-lieutenant Commier constate que la crête menant à la pointe de Cléry est impraticable. Il doit emprunter la pente sud, mais elle est sous le feu des mitrailleuses allemandes du bloc est du Mont-Froid. Il faut attendre la nuit. Les FM prennent à partie les défenseurs de cette position. Vers 15 h30, constatant que la pointe de Cugne est tenue par les Français, plusieurs gebirgsjagers, partant du Pas-de-la-Beccia, gagnent la pointe de Cléry à 3 162 m.

Le capitaine Sotty installe son PC au col des Randouillards. La SES Demaret vient le rejoindre avec la section Fèvre, par contre la section Billon, complètement épuisée, est restée en arrière dans des chalets. En fin de matinée du 5 avril, une mitrailleuse Reibel et une Browning ouvrent le feu sur le fort de la Turra pour soutenir l’attaque de la compagnie Mistral sur celui-ci, mais la distance de 2 000 m rend les tirs imprécis.

Dans la nuit du 5 au 6 avril, la SES Commier lance ses éclaireurs à l’attaque de la pointe de Cléry. Il fait un temps épouvantable. Le vent souffle furieusement en rafales, le froid est insupportable. Deux tentatives échouent sous la tempête. Une troisième est lancée à 2 h. Plusieurs hommes dévissent sur la glace. Certains vomissent, d’autres s’évanouissent. L’officier doit se résoudre à se replier.

A 14 h, laissant les malades, les éclaireurs repartent à l’attaque. Ils peuvent emprunter la pente sud car le bloc est est maintenant aux mains des Français. Le groupe du sergent Milliat arrive sur la crête à 300 m du sommet. Plusieurs mitrailleuses MG 42 ouvrent le feu depuis la pointe de Cléry, le col de Sollières et la crête les reliant. Un message du PC ordonne de se replier. La compagnie Sotty se prépare à passer une troisième nuit dans la neige et le froid. Au petit matin du 7 avril, un ordre du bataillon ordonne de décrocher sur la vallée.

 

Le fort de la Turra

La 2e compagnie du 15e BCA du capitaine Mistral à pour mission de s’emparer du fort de la Turra. La section de l’adjudant Charvoz doit se charger du ravitaillement et protéger la compagnie d’une contre-attaque venant des Revêts. La section Dounovetz s’emparera des baraquements et occupera le Collet. La section Finazzi attaquera la porte sud par la face ouest. La section Botte, considérée comme la SES de la compagnie, s’emparera de la porte nord par la face nord. La section lourde de Charpin s’installera sur la croupe descendant du Grand-Coin avec ses mitrailleuses pour appuyer l’attaque.

Dans la nuit du 5 au 6 avril, les sections suivant la SES s’engagent sur le chemin entre le Replat-des-Canons et les chalets Suiffet. A 6 h 30, la SES franchit le torrent de la Madeleine sous un tir de mitrailleuses. A peine les éclaireurs ont-ils traversé que l’artillerie française ouvre le feu sur la Turra. Botte laisse quelques hommes face aux Revêts et reprend la progression avec le reste de sa section. Les Allemands de la 13e compagnie du IIIe bataillon les repèrent rapidement et ouvrent le feu à la mitrailleuse et au mortier. La progression est de plus en plus difficile. La neige parfois profonde, parfois lisse et dure comme de la pierre, gêne considérablement les éclaireurs. A 10 h les éléments de pointe du premier groupe de la SES, conduits par le sergent Boggini, arrivent à une cinquantaine de mètres du pylône du téléphérique en-dessous du Fort mais ils sont bloqués par plusieurs armes automatiques.

La section Dounovetz remonte la combe de Cléry. Le groupe de l’adjudant Danne doit s’emparer des baraquements. Une douzaine d’hommes armés de trois FM progressent sous les tirs de mortier et de mitrailleuse. Un des tireurs FM est blessé par une balle venant des bâtiments.

La section Finazzi n’arrive pas à avancer sur la pente ouest. La neige forme un véritable glacis où il est impossible de progresser sous le feu allemand. Un éclaireur est tué à la section Botte.

Petit à petit, le groupe Danne parvient sur le mamelon dominant les baraquements, appelé « boule de gomme ». Les défenseurs se sont repliés sur le Fort. Profitant de l’occasion, l’adjudant Danne et ses hommes occupent le poste de la Turra. Rapidement, ils sont pris à partie par trois mitrailleuses du Fort. Un homme est grièvement blessé. L’Adjudant décide vers 17 h de se replier sur le mamelon où des tranchées offrent une protection. Un sergent et trois hommes sont envoyés chercher de l’aide au PC de la compagnie au chalet Suiffet.

Pendant ce temps, les trois autres sections décrochent sous le feu allemand. Le corps du tué est emmené avec difficultés. Durant la nuit, le reste du groupe Danne réussit à rejoindre les lignes françaises.

 

L’Ouillon des Arcellins

L’aile gauche du dispositif français est confiée à la 4e compagnie du 15e BCA commandée par le capitaine Jacquard. Le 6 avril à 3 h, la chapelle Saint-Pierre, au-dessus de Lanslevillard, est atteinte par les premiers éléments qui arrivent de Termignon. Il faut attendre deux heures de plus pour que les derniers les rejoignent. Le ruisseau de la Berche est traversé. Les liaisons avec le PC du bataillon ne fonctionnent pas. A 10 h, des agents de liaison partent pour le PC. Des patrouilles se portent vers le Mollard et la Tomba. Au loin résonnent les tirs d’armes automatiques allemandes de la Turra. Il semble que le Fort soit toujours aux mains de l’ennemi. A midi, un agent de liaison amène l’ordre de se replier sur Termignon.

Les Allemands décident de reprendre le Mont-Froid.

Les fanfaristes du 11e BCA servant de brancardiers évacuent difficilement les blessés du Mont-Froid. Quelques civils de Bramans et du Verney forment une équipe, dirigée par Emile Simon, qui monte au Jeu chercher les blessés. Pendant ce temps, des corvées de portage menées par la 4e compagnie du 15e BCA, revenue la veille de l’expédition de Lanslevillard, montent munitions, vivres et boissons au sommet. 38 000 cartouches, 500 grenades et 72 obus de mortier sont ainsi transportés.

Le lieutenant Ruche dispose de trois sections de voltigeurs et de la section lourde, comprenant quatre mitrailleuses et trois mortiers de 60 mm, de la 4e compagnie du 6e BCA, et de deux sections de la 2e compagnie du 11e BCA. Deux sections tiennent le bloc est, une section le bloc centre, deux autres le bloc ouest et une dernière assure la liaison entre les positions.

En fin de soirée le 7 avril, les deux sections du 11e BCA sont relevées par la section anti-chars, la section de mortiers lourds et la section Champon de la 2e compagnie, toutes du 6e BCA. Durant la journée du 8 avril, les chasseurs aménagent les positions de combat. Plusieurs corvées amènent du ravitaillement et des munitions. Le maréchal-des-logis Lasnier et trois artilleurs montent relever l’équipe de direction de tir d’artillerie.

Ce même jour, la 4e compagnie du 11e BCA et la SES Lacabe sont passées en revue par le général de Gaulle à Saint-Pierre-d’Albigny. Le capitaine Branche reçoit la Légion d’Honneur et plusieurs chasseurs sont décorés. Une permission exceptionnelle pour Grenoble est accordée aux éclaireurs.

Le 8 avril au soir, le lieutenant Ruche qui souffre de plus en plus de ses pieds gelés, consent à être évacué. Il redescend avec la section de la 2e compagnie du 6e BCA et il est remplacé par le lieutenant Paccalet. Le lendemain la 4e compagnie du 6e BCA est relevée par la 1e compagnie du capitaine Bordenave.

Du côté allemand, les pertes sont également lourdes. Les effectifs manquent pour contre-attaquer, ravitailler ou simplement tenir les positions. L’oberstleutnant Ernst commandant le bataillon 100 de la 5e gebirgsdivision est conscient que son IIIe régiment est à bout. Il demande à l’état-major de la division d’évacuer le plateau pour gagner de nouvelles positions entre le Lamet et Malamot. Le commandant du Corps d’Armée refuse. Il ne reste comme solution que de reprendre le Mont-Froid.

Pour mener cette opération il faut des troupes fraîches. La 1e compagnie de l’oberleutnant Rohleder, le 1er schwadron de l’aufklärungsabteilung 85 et une batterie d’obusiers de 150 mm arrivent en renfort. La 1e compagnie doit attaquer le 12 avril le Mont-Froid, la 12e compagnie et des parachutistes italiens feront diversion sur le bloc est à partir du col de Sollières et l’AA 85 servira aux portages des munitions.

 

Nouvelle tentative sur la pointe de Cléry

Pendant ce temps, le colonel Le Ray décide d’enlever les pointes de Cugnes et de Cléry à l’aube du 11 avril. La SES III Commier du 15e BCA attaquera la pointe de Cugne alors que les SES I du lieutenant Escarfail, II du sous-lieutenant Julien et III de l’adjudant-chef Vasserot, toutes du 11e BCA, attaqueront la pointe de Cléry par la pente ouest, sous le commandement du lieutenant Frendo, officier montagne du bataillon.

En pleine nuit les éclaireurs quittent les chalets de l’Errela et commencent une progression difficile. La route militaire du col de Sollières est franchie. A partir de 2 500 m, la neige croûtée commence à casser, les hommes enfoncent jusqu’aux genoux, parfois jusqu’aux cuisses.

La SES II du 11e BCA monte droit dans la pente. L’aspirant Minster ouvre la route, accompagné du caporal Chalon et du tireur FM Mollard. En arrière suit le reste des hommes menés par l’aspirant Bonnet. Minster arrive enfin, vers 5 h, sur la crête près d’un gros rocher qui a servi de repère pendant l’ascension. Il entend le bruit d’une mitrailleuse qu’on arme. Il veut ouvrir le feu mais son pistolet-mitrailleur est gelé. Il dégoupille une grenade et l’expédie en direction de ses adversaires. L’explosion donne le signal de l’embrasement de la montagne. Une grenade à manche arrive et explose prés de lui, le faisant rouler dans la pente. Il a des éclats dans la tête. Son cuir chevelu est ouvert, laissant couler du sang sur son visage. Près de lui ses deux camarades sont blessés par balles. Les trois hommes se laissent glisser sur la pente pour s’évacuer par leurs propres moyens.

La SES I arrive sur l’arête et muselle la mitrailleuse ennemie. Par contre une seconde pièce en position au col de Sollières interdit toute progression sur la crête menant à la pointe de Cléry.

A 5 h 10, les éclaireurs de la SES III du 15e BCA atteignent la crête entre les pointes de Cugne et de Cléry. En contre-bas la fusillade résonne. Deux FM sont mis en batterie et deux groupes, sous les ordres du sergent Millat, sont poussés en avant. Les Allemands, avertis par les premiers accrochages, sont sur leurs gardes. Ils lancent des grenades et tirent à l’arme automatique sur les Français. Commier pousse ses hommes et, après un violent engagement, occupe la pointe. Deux mitrailleuses allemandes en batterie sur l’arête descendant au Pas-de-la-Beccia ouvrent le feu. Plusieurs gebirgsjagers commencent à s’infiltrer. Deux hommes sont blessés et les éclaireurs doivent se replier de 150 m.

Les trois autres SES tentent de progresser sur l’arête entre le col de Sollières et la pointe de Cléry. La mitrailleuse du col de Sollières les cloue sur place. La SES III de Vasserot réussit néanmoins à gagner la crête. La SES II de Faure entame un mouvement descendant sur le col de Sollières. Le lieutenant Faure est tué d’une balle dans le crâne. Il meurt dans les bras de l’adjudant-chef Vasserot accouru aux nouvelles. Trois hommes de la SES II sont blessés. L’éclaireur Roy a la jambe traversée verticalement par deux balles. L’homme glisse dans la pente pour s’évacuer, laissant derrière lui une longue traînée de sang. Gros, de la SES III, est tué.

Depuis le bloc est du Mont-Froid, le colonel Le Ray suit l’attaque. A côté de lui, le maréchal-des-logis Lasnier règle les tirs d’artillerie. La SES I du 6e BCA descend occuper le poste optique des baraquements de Sollières. A 10 h, le commandant de la 7e demi-brigade estime que l’opération a échoué et ordonne le repli. Les armes automatiques du Mont-Froid et l’artillerie de la vallée balayent les positions allemandes pour faciliter le décrochage. Les blessés sont emmenés difficilement. Les Allemands arrêtent leurs tirs, respectant leur adversaire. Une fois le repli des trois SES effectué, la SES III du 15e BCA redescend de la pointe de Cugne.

 

La reprise du Mont-Froid

SES du 6e BCA à Valloire en mars 1945

La 3e compagnie du 6e BCA commandée par le lieutenant Gonnet est désignée pour relever la 1e compagnie au Mont-Froid. Le 11 avril, les chasseurs effectuent une épuisante corvée de ravitaillement en deux voyages depuis le Jeu. Cette compagnie ne compte que trois sections car la section Isaac est en protection aux chalets de l’Errela. A 22 h, le lieutenant Gonnet rejoint le sommet où ses sections relèvent celles de la 1e compagnie. Les hommes sont exténués. Certains de la classe 43 sont jeunes et peu instruits militairement. Le bloc ouest est occupé par la section de l’adjudant-chef Feyeux. Le bloc centre est tenu par la section de l’adjudant Drier de Laforte qui se répartit entre l’abri central et trois igloos. Non loin d’eux se trouvent quatre sapeurs du génie. La section de l’adjudant Durot, composée de jeunes recrues, occupe le bloc est avec une mitrailleuse Reibel sur la tour, trois FM et une mitrailleuse allemande MG 42 récupérée sur le terrain. La section de sapeurs du génie de l’adjudant Joffre et l’équipe du maréchal-des-logis Lasnier DLO d’artillerie sont au bloc ouest.

La 1e compagnie du régiment 100 de la 5e gebirgsdivision quitte l’Hospice après avoir pris un dernier repas chaud. Les deux jours précédents l’oberleutnant Rohleder, commandant la compagnie, a procédé à des observations depuis la pointe de Bellecombe et celle de Cléry. Il décide d’attaquer en passant le long de la pente sud et d’attaquer par l’ouest, comme les Français le 5 avril, tandis que la 12e compagnie simulera une attaque par le col de Sollières sur le bloc est.

En colonne par un, les cent-cinquante hommes progressent dans la nuit sans faire de bruit. A 1 h, le dispositif d’attaque est en place. La 2e section du feldwebel Thiel assure la protection arrière face au nord-ouest. A 2 h, la 3e section du feldwebel Kerscher et l’oberleutnant Rohleder sont à 30 m du bloc ouest. La 1e section du leutnant Urban est à droite de la précédente.

Vers 1 h 30, un agent de transmission vient chercher le lieutenant Gonnet car il entend du bruit dans les cailloux. Le Lieutenant ne constate rien mais il demande à Feyeux de venir passer une demi-heure sur place pour rassurer le guetteur. Quarante-cinq minutes plus tard, des rafales d’armes automatiques et des explosions retentissent. Au cri de « Hurra die gams », cri de guerre de la division, les gebirgsagers attaquent. Le Leutnant Rohleder allongé devant un créneau du PC français est touché par une balle en haut du bras gauche. A coups de PM, il balaye l’ouverture quand il est atteint une seconde fois. Les assaillants occupent le sommet du bloc ouest et y installent deux mitrailleuses. L’artillerie et les mortiers allemands pilonnent le sommet.

Le lieutenant Gonnet est surpris par l’attaque en allant au bloc centre. Il se fraye un chemin au PM et rejoint l’adjudant Drier de Lafort. Au même instant les Allemands attaquent le bloc centre.

Au bloc est, l’adjudant Durot place ses groupes face au col de Sollières et à la crête sommitale. La position reçoit un puissant pilonnage d’artillerie et de mortiers de 120 mm. Plusieurs hommes sont blessés et d’autres sont tués.

Le bloc ouest est totalement submergé. Les Français résistent dans le bâtiment central et les tranchées annexes. L’adjudant-chef Feyeux a un bras déchiqueté par une rafale. Le buste ruisselant de sang, il continue à commander. Peu de temps après, il s’évanouit et il est évacué sur la pente nord par des hommes qui le traînent par les pieds à l’aide d’un ceinturon. Les artilleurs font le coup de feu à coté des chasseurs. Les Allemands ont également des pertes. Le leutnant Urban est blessé, un de ses chefs de groupe et un infirmier sont tués. Le leutnant Rohleder est transporté dans son sac de couchage sur la 2e section. 21 14

Vers 5 h, un groupe de cinq sapeurs réussit à traverser les lignes allemandes et à regagner le Jeu, laissant le caporal Cherpin sur le terrain. Le sapeur Crescy est tué par une balle de mitrailleuse. L’adjudant Joffre ordonne le repli sur la galerie reliant le PC à l’observatoire. Le maréchal-des-logis Lasnier dirige la défense. Armé d’un PM Thomson il harangue les hommes. Un chasseur est touché au cou à côté de lui. Peu après une grenade à manche explose à proximité, achevant l’homme et sonnant Lasnier. Les Allemands demandent aux derniers défenseurs du bloc ouest de se rendre. A 8 h, à bout de forces et de munitions, les Français déposent les armes et sortent en levant les bras.

Le bloc centre subit également les attaques. L’adjudant-chef Ricottier est tué d’une balle en pleine tête. Le lieutenant Gonnet part pour le bloc est où il découvre la gravité de la situation. Six hommes sont morts et dix sont blessés par les bombardements. Gonnet décide d’évacuer la position par la pente nord puis repart avec un homme sur le bloc centre. Les Allemands lui coupent la route. Le chasseur est blessé, le Lieutenant vide tous ses chargeurs. Une grenade explose. Frappé en pleine poitrine, l’officier s’effondre. Des ennemis passent à côté de lui en pensant qu’il est mort. Il reprend ses esprits et réussit à se traîner sur la pente nord. Il glisse, culbute, prend de la vitesse avant d’arriver en bas de la combe où se trouvent deux chasseurs blessés. Ils seront secourus par des Français dans l’après-midi.

Vers 4 h, l’adjudant de Laforte commandant le bloc centre est sans nouvelle de Gonnet. Le sergent Siert et les chasseurs Chartenay, Trouillot, Séraphin, Favarellon, Bosson, Huguet et Bellet sont morts. Odier et Druelle sont blessés. La mitrailleuse du caporal Pozzobon se replie sur la position et se remet en batterie. Le tireur est tué d’une balle en pleine tête. Le pourvoyeur prend sa place mais il cesse son tir après quelques rafales, tué à son tour. Pozzobon est touché grièvement à trois reprises.

A 8 h, il ne reste que onze hommes valides avec l’adjudant de Laforte. Il n’y a plus de grenades, les chargeurs de FM sont épuisés. Il estime que toute résistance entraînerait des pertes inutiles. Il se lève en agitant un mouchoir blanc et se rend.

Au bloc est, l’adjudant Durot, conformément aux ordres de son supérieur, décroche avec une quinzaine d’hommes. Par paquet de deux ou trois ils se glissent dans la pente nord. En bas de la combe, Durot retrouve Feyeux. Ce dernier pense qu’il est perdu mais l’Adjudant le porte, le tire et arrive à Sollières à 9 h.

La section Isaac se rend dès le début de l’attaque aux chalets du Jeu. Le Lieutenant lance ses hommes sur la crête du général Sarret. A 100 m sous le bloc ouest, les chasseurs sont pris par surprise sous le feu allemand. Les sergents Geindre et Lauthier et les chasseurs Vital et Polais sont tués. La section n’arrive pas à progresser. Le lieutenant Isaac est blessé.

Une colonne de soixante-neuf chasseurs, artilleurs et sapeurs quitte le Mont-Froid en direction de l’Hospice. Les blessés sont tirés sur des barquettes ou portés à dos d’homme. Les prisonniers valides sont dirigés sur le camp de Rivalta et les blessés sont répartis dans des hôpitaux.

L’offensive de la 7e demi-brigade est un échec malgré la prise du Mont-Froid. Les autres objectifs n’ont pas été atteints. Les efforts et pertes consentis sont énormes. La contre-attaque allemande annihile les espoirs français d’offensive en Italie. Les 6e et 11e BCA sont envoyés au repos dans le Grésivaudan. La garde face à la frontière est confiée au 15e BCA moins éprouvé, et au IIIe bataillon du 159e RIA.

Fin avril, des patrouilles signalent que le terrain est vide sur les anciennes positions allemandes. Le lieutenant-colonel Le Ray ramène ses différentes unités en Maurienne et lance le 27 avril la 7e demi-brigade sur l’Italie. Les troupes allemandes en retraite sur tous les fronts d’Italie capitulent le 4 mai. La campagne de Maurienne se termine. Les pertes de l’offensive de printemps sont de soixante-et-un tués.