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Les compagnies de skieurs

Les compagnies de skieurs 1914-1919

Dés la fin de l’automne 1914, le service de renseignement français signale la présence dans la région du ballon de Guebwiller d’un bataillon wurtembergeois de skieurs. Du coté français, les skieurs instruits avant la guerre on à la mobilisation rejoint leurs unité. Beaucoup sont tombés durant les premières semaines de guerre. Les autres sont répartis sur le front entre Arras et les Vosges, complètement irrécupérable.

 

Compagnies de skieurs dans les Vosges

Pour suppléer à ce déficit de spécialistes, le dépôt du 28e BACP installé à Grenoble reçoit les contingents à instruire. Ils sont fournis par les dépôts des unités alpines qui envoient des réservistes, sachant skier, ou des volontaires présentant les qualités physiques requises. Sous la direction du capitaine Duhamel est organisé un entrepôt de matériel spécialisé et un atelier de fabrication de skis. Quatre centres d’instructions sont ouverts à Briançon (Capitaine Gelinet), Sarcenas (Lieutenant Arnaud), Huez (lieutenant Charbon) et le Recoin de Chamrousse (lieutenant Rémy). L’instruction débute le 1er décembre.

Dans les Vosges la neige tombe en abondance. Les liaisons entre les postes isolés sont difficiles. Les skieurs allemands mènent des raids meurtriers. La VIIe Armée réclame en urgence l’envoi de skieurs entraînés. Les centres d’instruction qui ne fonctionnent que depuis trois semaines doivent envoyer du personnel. Les meilleurs éléments sont envoyés le 15 janvier dans les Vosges. Malheureusement, un commissaire de gare, croyant qu’il s’agit de renfort pour le 28e BACP, les expédie à ce bataillon qui se bat à l’Hartmannswillerkopf. Les nouveaux arrivants laissent leurs skis à l’arrière, occupant rapidement des tranchées. Les survivants seront récupérés au bout de six semaines puis répartis avec les skieurs du 2e échelon.

Ce second arrive vers le 31 janvier 1915, se répartissant par petits groupes dans les corps des Vosges de la région des lacs où ils sont employés à diverses fonctions, en général comme agents de liaison mais parfois comme cuisiniers.

Début février, le commandement décide de regrouper les skieurs des deux divisions engagées sur les Vosges au moment où arrive des Alpes le troisième échelon de skieurs. Trois groupes sont formés :

Le groupe Nord (compagnie Gelinet), près d’Altenberg et de la Schlucht, est composé des skieurs les moins instruits qui doivent terminer leur instruction.

Le groupe Sud (compagnie Rouyer) est cantonné au Hohneck.

Un groupe moins important stationne près du Sudelkopf et du grand ballon avec la section du lieutenant Bazal dans la haute vallée de la Lauch.

La liaison est très précaire entre les 47e et 66e division. Elle est assurée uniquement par les skieurs de la 47e DI en contact permanent avec la compagnie de skieurs Wurtenbourgeois opérant dans la haute vallée de la Fecht.

Le 14 février 1915, la 8e division bavaroise attaque en direction du col de la Schlucht, pour s’emparer de la crête du Hohneck et pousser sur Gérardmer. Elle est flanquée sur sa gauche par une colonne remontant la vallée de la Lauch avec pour objectif le Langfeldkorpf.

 

Entrainements dans les Vosges

Le commandement français décide d’utiliser les skieurs. La compagnie Rouyer, partie en reconnaissance vers le Petit ballon reçoit l’ordre de se porter sur le Langenfelkopf en prenant au passage la section Bazal. Vers midi, les skieurs atteignent le sommet et aperçoivent 900 m plus bas la longue colonne qui remonte la vallée de la Lauch. Les français se déploient le long du bois de Remspach ouvrant le feu sur les Bavarois. En même temps, des patrouilles repoussent des éléments ennemis sur la crête de l’Hilsenfirst.

La compagnie passe le reste de l’hiver à surveiller ce sommet en cantonnant dans de très difficiles conditions à 1290 mètres d’altitude. Le calme revient uniquement entrecoupé de patrouilles. Les hommes sont isolés, rattachés successivement à différents bataillons, ne pouvant même pas changer d’effets, qui seront à la fin de l’hiver plus que des guenilles.

En mars, la fonte des neiges transforme les skieurs en éclaireurs. Ils prennent part aux opérations offensives au Schnepfenriedkopf, à Steinabruck, au Braunkopf, à l’Hilsenfirst, à Sondernach et Altenhof et à Metzeral. Après ces combats, les deux compagnies reçoivent les félicitations du commandement, gagnant le titre « d’éclaireurs des Vosges ».

La compagnie Rouyer, maintenue à la 66e DI, tient jusqu’à l’arrivée de l’hiver la haute vallée de la Fecht, à Sondernach, tandis que la compagnie Gelinet est dissoute et ses hommes versés dans les différents bataillons de chasseurs de la 47e DI.

A la fin de 1915, le haut commandement décide de créer quatre compagnies autonomes de skieurs, se formant à Grenoble et s’instruisant à Briançon, sous les ordres du commandant Dunod, dans les baraquements de la Cochette et de la Seyte (compagnie Gelinet et de Lestrac), au col du Lautaret (compagnie Rouyer) et dans l’Ubaye à Larche (compagnie Doucet). Chacune à un effectif de 220 hommes, comptant 50% de recrues de la classe 1916, bons skieurs dont il n’y à qu’à faire l’instruction militaire.

 

Compagnies de skieurs Vosges

Après un mois d’entraînement, elles embarquent pour les Vosges. Les trois premières compagnies sont affectées à la 66e DI, dans la vallée de la Thur. La 4e est attribuée à la 47e DI au col de la Schlucht. A peine arrivées, les hommes de la classe 16 sont appelés à Epinal car ils ne doivent sous aucun prétexte être utilisés sur le front. Du jour au lendemain, les compagnies sont amputées de leurs meilleurs éléments. Néanmoins, les trois de la 66e DI montent en ligne pour tenir les positions les plus hautes et exposées aux rudes conditions climatiques.

L’hiver passé, les compagnies sont employées pour remplacer en première ligne les unités appelées à se battre sur des fronts plus actifs.

Du 10 décembre 1916 au 20 janvier 1917, les quatre compagnies retournent s’entraîner dans les Alpes.

En 1917 et 1918, la proximité des lignes et le renforcement des réseaux de barbelés entravent les actions des skieurs qui sont cantonnés à occuper des tranchées. Le front des Vosges est devenu un front secondaire ou les unités viennent se reposer. Le rôle des skieurs en est renforcé par leur connaissance du terrain.

En Mars 1917, la 2e compagnie effectue un coup de main sur l’Hilsenfirst et occupe le Sudelkopf. A la fin de l’année, la 4e est supprimée et devient en novembre le dépôt du groupe de skieurs chargé de la récupération des petits blessés et malades et de la récupération des skis et du matériel.

En Janvier 1918, les skieurs effectuent un séjour dans les Alpes avant de retourner dans les Vosges. En juillet, le 2e compagnie du capitaine Bazal est désignée pour partir en Russie, à Mourmansk où les alliés viennent d’organiser un semblant de front pour aider les armées blanches. Arrivée le 28 septembre, les skieurs gardent la voie ferrée reliant Mourmansk au centre du pays. Ils rentrent à Dunkerque le 16 juin 1919.

Les 1ere et 3e compagnies continuent à monter la garde sur les Vosges jusqu’à l’armistice du 11 novembre. A cette date, elles descendent sur l’Alsace. En 1919, elles constituent la garde d’honneur du général Gouraud à Strasbourg. La démobilisation faisant fondre les effectifs, elles fusionnent août avant d’être dissoutes en septembre.