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Historique

Les projets d’opération en Scandinavie

Les Généraux Audet et Bethouart

Le 28 novembre 1939, la Russie attaque la Finlande. Malgré une supériorité numérique écrasante, les forces soviétiques subissent des revers. Le front se fige avec l’arrivée de l’hiver. En France, l’opinion publique se manifeste largement en faveur d’une aide militaire.

Un second problème inquiète en Scandinavie les gouvernements alliés, celui du ravitaillement de l’Allemagne en minerai de fer suédois transitant par le port norvégien de Narvik. Il faudrait occuper d’une part Narvik, et d’une autre, les ports de Bergen, Trondheim et Stavanger pour se couvrir contre une riposte ennemie.

Le 5 février, le Conseil suprême allié confirme ces intentions. La France et l’Angleterre doivent préparer des troupes pour intervenir dans le Grand Nord.

Dans ce but, le 28 février, l’état-major de l’armée de terre met sur pied un corps expéditionnaire se regroupant à Belley, dans l’Ain, sous le commandement du colonel Bethouart.

La marine place une force navale, qui prend le nom de force Z, sous le commandement du contre-amiral Derrien.

Le 12 mars, la Finlande capitule, la veille du déclenchement de l’intervention alliée. Celle-ci a en fait déjà commencé depuis quelques heures. Un détachement précurseur de l’état-major de la BHM (brigade de haute montagne) vient d’arriver à Londres et les premières troupes roulent en direction de Brest. L’opération est suspendue.

Le 23 mars, le cabinet de guerre de Paul Reynaud, demande à Londres un plan d’action pour interdire le trafic maritime allemand dans les eaux norvégiennes. Les Anglais ne sont pas très favorables à une intervention. Au mieux, ils préconisent de mouiller des mines pour obliger le trafic côtier à sortir des eaux territoriales. Cette opération, qui prend le nom de code « Wilfred », est fixée à la nuit du 7 au 8 avril. L’envoi éventuel d’un corps expéditionnaire en Norvège, sera décidé en fonction des réactions allemandes à « Wilfred ». Tout doit être prêt pour le 8 avril.

Début avril, des mouvements de forces allemandes vers le Danemark et en mer du Nord sont repérés et considérés comme sérieux par l’état-major français. Immédiatement, les préparatifs d’embarquement sont ordonnés et l’Amirauté reconstitue la force Z. Un premier échelon de troupes britanniques se prépare à débarquer à Narvik, Bergen, Trondheim et Stavanger.

Le 9 avril, les Allemands envahissent la Norvège en débarquant en six points. Les forces norvégiennes, surprises dans un premier temps, résistent avec courage à cette agression. L’appel à la mobilisation générale et à la résistance armée est lancé par le Roi Hakon VII qui part, avec son gouvernement, se réfugier à Eleverun. Le 11 avril, le général Ruge prend officiellement le commandement de l’armée.

Cette offensive allemande a surpris et pris de vitesse les Alliés, mais la Royal Navy va tenter de s’opposer à cette agression en attendant une intervention terrestre franco-britannique.

 

La réplique alliée

Le 7 avril, la Home Fleet réagit rapidement en appareillant de la base de Scapa-Flow. Le vice-amiral Whitworth expédie sept destroyers, sous les ordres du, en surveillance du West fjord avec pour mission d’empêcher tout navire ennemi d’entrer à Narvik. Peu après, l’amirauté l’informe que les Allemands occupent déjà la ville. Au matin du 10 avril, un combat naval s’engage. Il s’achève par la perte de deux bâtiments dans chaque camp et la mort du captain Warbuton-Lee. Le 13 avril, le cuirassé HMS Warspite et neuf destroyers pénètrent dans le fjord et engagent le combat. Petit à petit, les six bâtiments ennemis restants sont coulés ou ils doivent s’échouer.

Après ce succès, l’amiral Whitworth se demande s’il ne faut pas mettre à terre un corps de débarquement pour occuper Narvik. L’arrivée d’avions entraîne la décision de dégager les navires au large vers les îles Lofoten.

 

L’opération Maurice

Sections de transmission du 6e BCA

Les Anglais sont décidé à reprendre Trondheim, seul moyen de porter une aide efficace à l’armée norvégienne et d’éviter la capitulation du pays. Cette opération, qui prend le nom de code « Maurice », est placée sous le commandement du général Carton de Wiart. Théoriquement elle doit se dérouler après la prise de Narvik, mais le succès remporté par la Navy devant cette ville entraîne la décision de mener de front les deux opérations. Ainsi la 146e brigade d’infanterie, destinée initialement à Narvik, est dirigée sur Namsos, au nord de Trondheim, où un détachement de trois cent cinquante hommes est déjà à terre depuis le 14 avril.

Le 17 avril au soir, cette brigade arrive à Namsos puis progresse vers le sud. Sept cents hommes du Royal Marines débarquent au sud de Trondheim, à Andalsnes, et sont suivis le lendemain soir par la 148e brigade qui part occupée Dombas. Ces deux débarquements forment une tenaille qui doit se refermer sur Trondheim.

Mais les forces allemandes arrivant du sud bousculent les Anglais qui sont obligé de se replier sur Andalsnes et de réembarquer.

Les forces anglaises mises à terre sont d’un effectif et d’une qualité faible. Pour les renforcer et entreprendre avec succès la reconquête du pays, les britanniques attendent l’arrivée des forces françaises composant le corps expéditionnaire français en Scandinavie.

 

Namsos

La 146th Infantry Brigade, destinée à Narvik, est dirigée le 17 avril sur Namsos, au nord de Trondheim. Cette opération, « Maurice », est placée sous le commandement du général Carton de Wiart.

Pour renforcer les Anglais, le CEFS achemine le 9 avril, la 5e demi-brigade de chasseurs alpins (DBCA), commandée par le colonel Béthouart. Réalisé dans l’urgence, l’embarquement du matériel à Brest est effectué en dépit du bon sens, sur des cargos voyageant séparément du personnel. Les chasseurs appareillent le 12 avril. Le 19 avril, en arrivant devant la côte, ils subissent une première attaque aérienne. Le croiseur Emile Bertin est atteint par une bombe qui le traverse en passant par la chaufferie sans exploser.

Á 22h00, l’amarrage est terminé dans le port de Namsos. Les chasseurs alpins débarquent rapidement pour gagner les bois alentours et y passer la nuit. A 2h30, les navires reprennent la mer pour Scapa Flow. Sur le port, des hommes s’activent, évacuant les approvisionnements entreposés. Mais les véhicules manquent et l’opération est très lente. A 9h00, l’aviation allemande fait sa première apparition. A la fin de la journée, la petite ville de Namsos, construite en bois, n’est plus qu’un amas de cendre, dont il ne subsiste que les cheminées en pierre des habitations et les murs de l’église. La majorité des approvisionnements, entassés sur les quais, sont détruits.

Le 20 avril, 400 Allemands débarquent à Steinkjer, coupant de leur base les éléments britanniques avancés. Pour couvrir ce secteur exposé, le général Carton de Wiart envoie le 13e BCA vers le sud. Les chasseurs alpins progressent à pied, leurs véhicules n’étant pas encore arrivés. Ceux-ci, de même les pièces de 25 mm, les pièces de DCA, les munitions et les mulets de la demi-brigade n’ont en effet quitté Brest que le 15 avril pour arriver le 23. Les jours suivants, la Luftwaffe bombarde la ville et les localités alentours, causant quelques pertes. Les chasseurs, établis dans les bois, sont contraints de subsister grâce à l’aide de l’armée norvégienne.

L’arrivée du convoi d’approvisionnement FS 1, fait renaître l’espoir à Namsos. Il commence à décharger son matériel, mais doit bientôt y renoncer et gagner le large à l’issue d’un raid de Luftwaffe. Le même jour, survient l’ordre d’évacuation de la Norvège centrale, qui provoque stupeur et consternation. Dans la nuit du 2 au 3 mai, près de 4.000 Français et britanniques embarquent, abandonnant ravitaillement et matériels neufs à peine parvenu à quai qui doivent être détruits sur place. Dés 5h30, ils sont repérés par un hydravion ennemi. Une première attaque infructueuse a lieu à 8h30, suivie d’un seconde à 10h00. Une demi-heure plus tard, au cours d’une troisième attaque, le contre-torpilleur Bison est très sérieusement touché. Des destroyers britanniques récupèrent les survivants, dont certains sont grièvement brûlés. Á 12h07, l’épave fumante du Bison est achevée au canon par les Britanniques qui entreprennent ensuite de rattraper le reste de la flottille. Une nouvelle attaque a malheureusement lieu à 13 h 52, au cours de laquelle le HMS Afridi qui transportait de nombreux rescapés du Bison est coulé à son tour. Les autres bâtiments réussiront à regagner Scapa Flow le 5 mai à 13h00.

 

Narvik

Bombardement de Bjerkvik

Le 28 avril, la 27e DBCA arrive devant Harstad, ville principale des îles Lofoten, base arrière des Britanniques et QG des forces alliées. Le 12e BCA part pour Bogen et les 6e et 12e BCA s’installent à Salangen. Le général Béthouart et son état-major, rapatriés de Namsos, y arrivent le même jour. Devant Narvik, après le succès remporté par la Navy, les Anglais se sont contentés de mettre à terre trois bataillons de la 24th Brigade qui n’ont cependant rien entrepris, laissant les Norvégiens seuls face à 3000 Gebirgsjägers et à 2600 marins de la Kriegsmarine rescapés des combats du 13 avril. Le général Mackesy s’oppose en effet à un débarquement, craignant de renouveler l’expérience désastreuse de Gallipoli en 1915. En tant que commandant des opérations, il préfère une progression par la terre, à travers les montagnes et la neige. Béthouart s’y oppose formellement, argumentant de l’épuisement inévitable qu’entraînerait une telle manœuvre pour les chasseurs alpins

Chasseurs du 6e BCA

La prise du Gratangenbotn par les Norvégiens, raccourcissant de 50 Km le trajet à effectuer, vient mettre un terme à la polémique. Le 30 avril, le 6e BCA est déposé à Laberget et pousse une compagnie sur Elvenes. Le lendemain, la SES s’empare par un coup de main de Labergsdalen, capturant 18 Allemands. La 1ere compagnie, isolée de l’autre côté du massif du Snaufjellet, est cependant clouée sur place par des tirs d’armes automatiques. Pendant cinq jours, les chasseurs subissent des conditions extrêmement difficiles, souffrant du froid et de la faim. Le 5 mai, à bout de souffle, le 6e BCA où de nombreux cas de gelure sont à déplorer, est relevé par le 14e BCA. Ce dernier poursuit lentement la progression vers le sud, en direction du col 333 et de la route menant à Bjerkvik. Sur sa gauche, le bataillon norvégien Alta s’empare de plusieurs sommets, notamment du Roasme culminant à 850 mètres d’altitude. Le 8 mai, le 6e BCA remonte en ligne, s’intercalant entre le 14e BCA et les Norvégiens, en tenant le Roasme. Pendant quatre jours, une météo très défavorable empêche quasiment toute progression. De l’autre coté de Lofotenfjord le 12e BCA, qui est plus heureux, parvient à déloger les Allemands des hauteurs et à s’approcher d’Ankenes.

Pour débloquer la situation et accélérer les opérations, le général Béthouart parvient à imposer aux Britanniques un débarquement sur les arrières ennemis, à Bjerkvik et Meby. L’arrivée opportune d’un convoi amenant la 13e DBMLE, la brigade polonaise et la 342e CACC, lui permet d’envisager une opération d’envergure en direction du secteur nord de la ligne de front pour progresser rapidement sur la presqu’île d’Oijord, juste en face de Narvik.

Le 13 mai à minuit, les légionnaires du I/13e DBMLE et trois chars Hotchkiss H 39 embarquent à bord de chalands, tandis que peu après un cuirassé, deux croiseurs et cinq destroyers commencent à tirer sur la côte proche. Pour les Allemands c’est une surprise complète. Les obus balayent le paysage, incendiant des habitations et un épais panache de fumée s’élève dans les airs. Les Anglais, en parfaits gentlemen, ont laissé au général Béthouart à l’honneur de commander l’ouverture du feu.

Un premier char arrive sur le rivage et pénètre seul dans Bjerkvik. Les légionnaires pris à partie par des tirs d’armes automatiques doivent cependant changer de point de débarquement, où à 1h30 deux autres chars sont mis à terre. Rapidement ils prennent possession du terrain et progressent vers l’intérieur, parvenant à effectuer la liaison avec le blindé isolé tandis qu’une seconde vague débarque à son tour. Quelques kilomètres plus au sud, à Méby, le II/13e DBMLE est entré en action à 2h30. Deux H 39 atteignent le rivage, suivis par les légionnaires. Rapidement ceux-ci s’emparent du camp d’Elvegardsmoen et poussent en avant vers les premières hauteurs, sérieusement défendues, qui sont conquises au prix de féroces combats.

Infirmiers du 12e BCA

Un peloton motocycliste fonce vers le sud, couvert par un destroyer et s’empare sans combat de la presqu’île d’Oijord. Le IIe bataillon polonais arrive à marche forcée de Bogen tandis que de leur côté, chasseurs alpins et Norvégiens s’élancent à l’assaut des positions allemandes. Le 6e BCA subit de sévères pertes, mais en fin de journée le col 333 tombe enfin, conquis par le 14e BCA. Le 14 mai, les légionnaires poussent en direction du nord et du lac Hartvik et établissent la liaison avec les chasseurs. Du 15 au 25 mai, légionnaires, chasseurs et Norvégiens vont repoussent progressivement les Allemands vers la frontière suédoise. Plusieurs raids de la Luftwaffe causent néanmoins des pertes, notamment au sein de la 13e DBMLE dont le PC est anéanti. Dans la presqu’île d’Ankenes, les chasseurs du 12e BCA sont relevés par la brigade polonaise.

Le commandant Paris tué à Narvik

Alors que se prépare l’assaut final sur Narvik, l’annonce d’une évacuation de la Norvège septentrionale par les Alliés arrive soudain. L’évolution défavorable de la bataille qui se déroule sur le front français rend en effet désormais vaine la poursuite des opérations dans le Grand Nord. Pour donner le change, Béthouart décide de s’emparer tout de même de Narvik et de repousser l’adversaire en direction de la frontière suédoise afin de dissimuler les préparatifs de repli. A cette fin, il fait débarquer le 28 mai, juste après minuit, le I/13e DBLE sur la plage d’Orneset. Les Allemands, cloués au sol par les feux de la marine britannique ou terrés dans les tunnels de la ligne de chemin de fer, ne réagissent pas. Les légionnaires créent rapidement une tête de pont mais restent bloqués face à un tunnel. Le second échelon du bataillon, qui arrive en renfort, subit des tirs sur sa zone d’embarquement. Le commandant Paris, chef d’état-major du général Béthouart, est tué sur la plage d’Orneset en organisant les débarquements. Bientôt, l’aviation allemande entre en action, forçant les bâtiments de la Navy à se replier. Deux chars Hotchkiss débarqués à 3h45 sur la plage de Taraldsvik, englués dans la boue d’un torrent, ne seront d’aucun secours.

Au même moment, le II/13e DBMLE est parvenu sur les hauteurs de la cité, où il s’arrête pour laisser l’honneur au bataillon norvégien Hylmo de pénétrer le premier dans la ville. Á 19h00, la gare est atteinte. Les Allemands après avoir résisté vaillamment décrochent, vers l’est en suivant la voie ferrée ou vers le sud en direction du village de Beijfjord. Dans la presqu’île d’Ankenes, les Polonais sont eux aussi passés à l’action durant la nuit. Accompagnés de deux chars, ils ont avancé vers Ankenes sans parvenir toutefois à déboucher. Seul, le Ier bataillon polonais est parvenu à occuper des positions favorables, obligeant les Gebirgsjägers à refluer vers Beijfjord. Le lendemain, le IIe bataillon, renforcé et soutenu par un H 39 occupe enfin Ankenes.

Le 30 mai, le I/13e DBMLE reprend sa progression le long de la voie ferrée. Durant cinq jours, il repousse lentement mais inexorablement les Allemands vers la frontière. Ils sont rejoints le 31 par les Polonais, qui sont parvenus à franchir les montagnes qui les séparaient de la voie ferrée. A partir du 5 juin, le front se fige, les Français ne bougent plus et seuls les Norvégiens exercent encore une pression au nord. Les Allemands, battus, se préparent à subir l’ultime attaque qui les repoussera en Suède.

Chasseurs sur le NMS YORK au retour de Namsos

L’évacuation des forces alliées commence 1er juin. En premier lieu, ce sont les éléments de base arrière et le matériel stocké à Harstad qui sont repliés. Puis les unités au contact embarquent par échelon, ne laissant qu’une partie de leurs effectifs en ligne. Le 7 juin à 22h00 huit cargos anglais et cinq français chargés à ras bord quittent Harstad escortés par les torpilleurs HMS Stork, HMS Arrow et dix chalutiers armés, pendant que le Génie s’emploie à détruire les installations portuaires. Le 8 juin, le général Béthouart embarque à bord du croiseur HMS Southampton. Á 5h00, un premier convoi appareille. Dans la soirée, le roi Haakon, accompagné du prince Olav, du corps diplomatique et des membres du gouvernement, monte à son tour sur le croiseur HMS Devonshire pour faire route le lendemain vers l’Ecosse. Les Français rejoignent pour leur part directement la Bretagne où une grande partie des unités sont immédiatement jetées dans la bataille, avec des fortunes diverses. La majorité des chasseurs, des tankistes et des légionnaires échappent à la capture en gagnant l’Angleterre par voie maritime début juin. Les chasseurs polonais, isolés dans la région de Dole de Bretagne, seront moins heureux : ils finissent capturés ou disparaissent dans la nature. Parmi les hommes ayant trouvé refuge en Grande Bretagne, seule une minorité va rejoindre la France Libre, dont de nombreux légionnaires de la 13e DBMLE et quelques tankistes de 342e CACC. Les autres, seront rapatriés en France via le Maroc pour être démobilisés.

 

La campagne de Norvège aura coûté la vie à près de 350 marins, chasseurs alpins, légionnaires, chasseurs polonais, sapeurs du génie et artilleurs. La prise de Narvik, première victoire alliée de 1940, ne devait pas avoir de lendemain.